entre solidarité et générosité


Qu’ont en commun Losang, la Tibétaine, Najat, la Saoudienne et Kangbai, l’Africaine? Elles font parties du programme de SisterMentors, une organisation basée à Washington, qui encourage l’éducation parmi les femmes et les jeunes filles de couleur.

SisterMentors aide des femmes dont plusieurs sont les premiers membres de leur famille à avoir poursuivi un second cycle d’études supérieures et à entamer un doctorat. Ces dernières sont inscrites dans des universités aux Etats-Unis et à l’étranger, à New York et à Londres entre autres. En échange du soutien offert gratuitement par SisterMentors, les doctorantes servent de mentor à des jeunes collégiennes et lycéennes de couleur issues de milieux défavorisés. Les doctorantes et les adolescentes sont africaines, africaines-américaines, afro-caribéennes, hispaniques, asiatiques-américaines ou issues de l’immigration.

SisterMentors fut fondée il y a un peu plus de cinq ans par Shireen Lewis, originaire de Trinité-et-Tobago. Elle a émigré aux Etats-Unis afin de poursuivre des études supérieures, est devenue avocate et a exercé dans un cabinet new-yorkais avant de se décider à préparer un doctorat en littérature francophone. Issue d’une nation postcoloniale, Shireen Lewis a très vite appris à quel point l’éducation était primordiale, en particulier pour des groupes ayant été opprimés. C’est cette leçon sur l’éducation qui alimente sa motivation quand elle vient en aide aux femmes et aux jeunes filles de couleur.

Des études menées aux Etats-Unis montrent que 50% des personnes qui débutent un doctorat ne le finissent pas. Ce pourcentage est beaucoup plus élevé en ce qui concerne les femmes de couleur: seuls 9,9% de tous les doctorats obtenus en 2000 ont été attribués à des femmes de couleur. SisterMentors tente d’apporter une solution à cette réalité en permettant à des femmes de couleur d’origines et de religions différentes de se rencontrer, de s’entraider, de lire le travail des unes et des autres et d’échanger des critiques constructives. Les doctorantes, qui se rencontrent toutes les trois semaines, font le bilan de leurs avancées et réfléchissent aux raisons qui les empêchent de progresser. Shireen Lewis dirige le programme et met l’accent sur un modèle où une personne sert de mentor à un pair. Pour se faire, elle mène des sessions individuelles ou de groupe.

SisterMentors intervient auprès de jeunes filles issues des minorités ethniques et de l’immigration afin qu’elles poursuivent une scolarité que beaucoup ont tendance à abandonner de plus en plus jeunes. L’abandon scolaire, très élevé parmi les jeunes Noires et les Hispaniques, s’explique par des raisons allant de la pauvreté aux préjugés exercés à leur encontre par certains enseignants. SisterMentors travaille avec 25 adolescentes qui sont encouragées à persévérer à l’école et à poursuivre des études supérieures. Les doctorantes servent de modèle à ces jeunes filles qui comprennent que des personnes qui leur ressemblent ont été capables de surmonter le même type de difficultés et ce malgré de nombreux obstacles.

Les rencontres entre les doctorantes et les jeunes filles donnent lieu à un dialogue ouvert sur l’importance de suivre une scolarité régulière afin de se construire un future meilleur. En outre, les adolescentes ont la possibilité de visiter des campus universitaires afin de démystifier l’accès aux études supérieures. Lors d’une rencontre récente, à la question de savoir ce que signifiait l’intervention des doctorantes dans le cadre du programme de SisterMentors, une jeune fille âgée de treize ans a dit : << Vous êtes les grandes sœurs que certaines d’entre nous n’ont pas. Vous êtes ici pour nous aider et nous guider.>>

Depuis sa création, SisterMentors a aidé 14 femmes de couleur à obtenir leur doctorat et permettra à 16 autres femmes de faire des pas de géant vers leur doctorat en 2003. La dernière personne à avoir décroché un doctorat, Kangbai Konaté, est de père guinéen et de mère malienne. Kangbai Konaté reconnaît que sans SisterMentors, elle en serait sans doute encore au stade de la rédaction de ce diplôme en sociologie qui s’intitule, La Place et l’utilisation de l’Afrique dans le processus identitaire des Noirs américains : discours interprétatif et négociation culturelle. En plus du soutien régulier offert dans le cadre de SisterMentors sous forme de réunion de groupe, Kangbai Konaté a fait équipe avec une autre femme du groupe, d’origine tibétaine. À force d’encouragements mutuels, elles ont réussi à rédiger la première version de leur thèse.

Kangbai Konaté est née et a grandi en France et vit aux Etats-Unis, à Washington DC, depuis un peu plus de six ans. Elle a obtenu sa thèse de doctorat, avec mention très honorable et félicitations du jury, le 17 mai 2002, à Paris, à l’Ecole des hautes etudes en sciences sociales. Son jury de thèse était composé de chercheurs renommés : Michel Wieviorka, son directeur d’études, Denis Lacorne, Elikia M’Bokolo et John Atherton. Avec les encouragements de son jury de thèse, Kangbai Konaté, qui travaille dans le domaine du développement, a l’intention de publier sa thèse en français et en anglais.

Bien que ne faisant plus partie du programme de SisterMentors, Kangbai Konaté sert encore de mentor à des jeunes filles. Elle a récemment déclaré: << J’ai la chance d’influencer positivement la vie de jeunes adolescentes qui, comme moi, vivent dans une société qui ne leur renvoie pas souvent une image positive d’elles-mêmes.>> Dans les mois à venir, deux femmes de SisterMentors défendront leur doctorat, l’une à Washington, l’autre à Londres.